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Une Historique de l'A.S.A.O.

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par Mlle. Cécile SAJAS

L’ASAO et la CSAO

La Compagnie du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) et l’Association du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest (ASAO loi 1901) sont deux structures au statut différent, mais ayant les mêmes objectifs : faire connaître la production artisanale et artistique du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest, favoriser les échanges économiques et culturels entre l’Europe et le continent africain.

La CSAO

L’ASAO ne peut prétendre à une activité à but lucratif. La CSAO se proposera donc de répondre à une volonté de l’association : promouvoir la diffusion internationale de l’artisanat.

Ce commerce se trouve alors être tout à fait propice à cette diffusion. En cela, la CSAO répond à un besoin de l’ASAO.

Un premier artiste sénégalais a bénéficié de ce processus : Moussa Sakho. Nous verrons que cet artiste participait en tant que responsable des ateliers proposés lors des voyages à Gorée.

D’autres artistes, comme Diafara Kane, Kambell, Maxwell Oséi-Abeyie, Fallou Dolly, Djibril Sagna et plus récemment : Bandia Camara et Baaye Xaaly Sène (BXS), sont distribués par la CSAO. Leurs œuvres n’ont pas été uniquement diffusées par la CSAO, ils ont été exposés de part et d’autres en Europe et en Afrique.

Aussi, par le biais de la CSAO, l’association villageoise de N’Dem au Sénégal à pu étendre le réseau de vente de ses produits locaux.

L’ASAO

La naissance et les statuts

Mangoné N’Diaye, Laker M’Baye et Valérie Schlumberger sont les fondateurs de l’ASAO. Leur volonté de participer aux développements et changements du Sénégal (sur un plan social, économique et culturel) les ont conduits à créer avec d’autres personnes intéressées, cette association en juillet 1995.

Leur action se tournera d’abord vers le tourisme intégré : il s’agissait d’organiser des voyages autour de la découverte de Gorée et du pays. La découverte du pays proposait une connaissance des gens et du milieu. En ce sens l’ASAO avait créé des liens avec des personnes en mesure d’accueillir les voyageurs, de les accompagner, selon les disponibilités sur place et à la demande. L’ASAO proposait par exemple des ateliers artistiques et d’artisanat local supervisés par Moussa Sakho. Des « contrats » avec les restaurateurs de Gorée avaient été mis en place pour accueillir les voyageurs de l’ASAO.

L’objectif global était de faire connaître et de promouvoir la culture sénégalaise auprès du public. En même temps, ce projet permettait aux Goréens de bénéficier d’un tourisme plus centré sur l’île. Jusque-là rares étaient les touristes qui y séjournaient plusieurs jours. En effet, ces derniers venaient en excursion pour la journée, voir quelques heures, visiter la maison des esclaves. Avec le projet de l’ASAO, l’île de Gorée connaissait le développement d’une action formulée autour du concept : tourisme intégré. Les Goréens libres de répondre à la demande des voyageurs et aux propositions de l’ASAO.

Actions réalisées 

Durant l’été 95, le premier voyage est organisé. Celui-ci rencontre un franc succès, au-delà des espérances.

Une petite fille en difficulté motrice fait partie du voyage. Elle se fait remarquer non pas par ce qu’elle est, mais par les émotions qu’elle transmet. L’ASAO décide alors de mettre en place des voyages pour les enfants en difficulté.

Une première collaboration avec l’Institut Médico Educatif (IME) de Mainvilliers à Chartres est permise grâce à la Directrice Mme Régine Gombert. Cette femme se trouve être membre d’une association qui est à l’origine du festival « Danse au cœur » de Chartres. Dans le cadre de celui-ci en 1996, Régine Gombert avait participé à l’accueil de la troupe Africa Djembé (danseurs et percussionnistes sénégalais).

Les enfants de l’IME sont allés à Gorée en 1996, dans le cadre des voyages de l’ASAO. Ce voyage leur a permis entre autres de retrouver cette troupe avec laquelle ils avaient créé des liens. Cette rencontre n’aurait peut-être pas eu lieu sans la médiation de l’ASAO.

En 1996, l’ASAO a favorisé une collaboration entre les Scouts de Dakar, de Gorée et de Cognac afin d’effectuer des travaux pour l’école Mariama Ba de Gorée. Les grilles de l’école ont donc été remises en état. Cette école permettait également d’accueillir les voyageurs de l’association.

Cette même année, l’ASAO participe à l’acheminement de plus de 900 kilos de livres destinés à la bibliothèque de l’école Mariama Ba et à d’autres bibliothèques de Gorée. Les livres provenaient d’une institutrice, en France, qui s’était engagée sur un échange avec un instituteur de Gorée.

En 1997, une autre collaboration, plus courte, naît avec l’hôpital Necker de Paris. L’artiste Maxwell Osei-Abeyie y proposera des ateliers artistiques en tant que bénévole. Les enfants hospitalisés sur une longue durée ont été les bénéficiaires de cette action.

Période de repli

Ces projets sont co-gérés par Mangoné N’Diaye et Lakker M’Baye au Sénégal et, par Valérie Schlumberger depuis Paris.

Survient le décès de Lakker M’Baye. Mangoné N’Diaye se retrouve seul au Sénégal, de la même manière que l’est Valérie Schlumberger à Paris. Cet évènement rend difficile, et plus pénible sur un plan affectif, la poursuite des actions.

L’association manque également de fonds pour subvenir à ses dépenses grandissantes.

L’association est donc mise en « sommeil ». Les actions ne sont pas poursuivies au-delà de l’année 98. Mais, la volonté d’impulser et de participer à des projets de développement au Sénégal n’est pas éteinte. Les réflexions premières et originelles pour un changement et une amélioration seront toujours de rigueur.

Rufisque : un renouveau pour l’ASAO

Lors de Dak’Art 2000, la biennale de l’art africain contemporain à Dakar, à lieu la rencontre avec Adrien AbdouKhadr Sène (qui est Baaye Xaaly Sène, dit BXS, précédemment cité). Elle marquera un nouveau tournant pour l’association.

BXS est responsable du centre de formation manuelle, professionnelle et technique (CFMPT) à Rufisque (créé par son père dans les années 80) après en avoir été élève puis enseignant. Ce centre assure la formation de jeunes essentiellement au travail du fer. Ces acquis peuvent servir à différents buts. Ils peuvent aussi bien être à des fins artistiques que professionnel d’un métier nécessitant ces savoirs-faire. Le CFMPT n’est pas seulement un moyen d’accès à des connaissances techniques, c’est aussi un moyen pédagogique d’atteindre des jeunes dont la plupart sont en difficulté sociale et économique.

BXS expose ses oeuvres à la CSAO, en 2001. Un pourcentage du produit de la vente est reversé à l’association. En 2003, ce fond permet à l’ASAO de financer l’envoi d’un conteneur de 40 pieds, contenant du matériel et des machines pour le centre de formation. Ces outils proviennent d’une acquisition lors d’une vente aux enchères.

Moussa Sow, responsable de l’association « Avenir de l’enfant » (ADE, créée dans les années 90) est le frère de BXS. Cet homme est un professionnel de longue date, actif dans la lutte en faveur des enfants et des jeunes en difficulté. En cela, il est un des spécialistes du phénomène des enfants des rues. ADE est basée à Rufisque mais, Moussa Sow intervient aussi sur le terrain, à Dakar, pour rencontrer les enfants et jeunes de la rue.

Naturellement il travaille avec son frère BXS pour aider à l’intégration des enfants et des jeunes via le CFMPT.

Par le biais de ses membres du bureau, l’ASAO côtoie un pan de la société Sénégalaise : les enfants et jeunes en difficulté et un des moyens d’éducation et de réinsertion qui leur est possible.

Cette problématique s’inscrit non seulement dans les préoccupations de développement des membres de l’ASAO, mais elle répond clairement aux objectifs que l’association s’était fixée lors de sa création.

De fait, Valérie Schlumberger est amenée à s’intéresser de plus près à la situation des enfants des rues au Sénégal. Mangoné N’Diaye lui annonce qu’un cinéma situé avenue Malick Sy est à louer.

La visite est immédiate. Face à cet Empire (nom du cinéma) de nombreuses idées pourront se matérialiser…

La cause de l’avenir des enfants venait de trouver un lieu d’action.

Qui plus est, redonner vie à un lieu culturel permettrait à l’ASAO de rebondir avec force.

Le 17 août 2001, l’ASAO décide de louer ce bâtiment en ruine et de financer les travaux de réhabilitation.

L'Empire des Enfants

Au départ, L’Empire était le nom originel de ce cinéma qui, par la force des choses est devenu L’Empire des Enfants. Ce qui s’avérait être logique, vu la direction que prenait cet endroit : un centre d’accueil pour les enfants des rues. Les responsables, Moussa Sow et Anta M’Bow étaient impliqués dans le projet.

Ensuite, il a fallu lier les différents actes et messages. De manière traditionnelle et culturelle, la morale de début était définie comme suit : « nit nitay garabam ». Un proverbe qui signifie : « L’homme est le remède de l’homme ».

Enfin, aux actes, messages et mots, il fallait associer une image, ou alors un logo.

Un retour en arrière est nécessaire : Sada Tangara, un ancien faxxman (enfant errant), a participé avec d’autres enfants à un projet de l’association Man-Keneen-Ki : la dénonciation des conditions de vies inacceptables de cette jeunesse sénégalaise en errance. Tout cela est rapporté dans un livre intitulé : « L’envers du jour » [Jean Michel Bruyère. Editions Léo Scheer 2001. 95 pages.]. Le but était d’apporter une vision de l’intérieur du monde de la rue. De cette aventure, Sada Tangara en est ressorti grandi et plein d’ambitions. Cet enfant avait un don, il voulait devenir photographe professionnel.

En novembre 2002, Sada Tangara est un jeune accueilli à l’Empire lors d’une exposition dans le cadre du mois de la photo à Dakar.

Le logo emblématique de l’Empire des enfants a été élaboré à partir d’une photo du jeune Sada Tangara.

Localisation

L’Empire est un cinéma en plein air construit dans les années 30. Il a été fermé pendant plus de vingt ans. Momentanément il fut loué comme entrepôt de mécanique automobile.

Il est situé sur l’avenue Malick Sy. Celle-ci délimite le quartier de « la Médina » au nord avec celui de « Rebeus » au sud, lui-même est limitrophe avec le « Plateau » et ses extensions.

Sur cette avenue, la grande mosquée de Dakar en cours de finition, est un point de vue depuis l’Empire.

Au bout de l’avenue Malick Sy, sur la corniche (bord de mer, plus précisément anse des Madeleines de l’Océan Atlantique) figure le monument appelé la « Porte du 3ème Millénaire ».

Enfin à l’autre bout de l’avenue c’est-à-dire en remontant vers le nord, la ligne de chemin de fer Saint Louis/ Thiès/ Dakar croise l’avenue Malick Sy et met un terme à celle-ci.

Sa position est donc stratégique aux regards des quartiers et lieux que nous avons décrits au début de ce document. L’Empire s’inscrit dans un champ symbolique et représentatif évoqué en ces différents espaces de vie : la Médina, la Porte du 3ème millénaire, la Grande mosquée, le nom de l’avenue en lui-même le Plateau… En effet, ces lieux, places, monuments sont tous fortement connotés sur un plan historique passé et présent.

Travaux

Au moment de la location des lieux, l’Empire présentait des dégâts importants. En effet, au cours de sa longue période de fermeture l’Empire a connu de nombreuses dégradations. Avant de prendre possession des lieux, il a fallu œuvrer à la rénovation totale de l’Empire. Les travaux ont été étalés sur une période d’un an et demi.

Adrien AbdouKhadr Sène fut désigné comme étant le responsable de chantier. Le travail des hommes est à souligner car il fut éprouvant et laborieux. En regard avec le climat au Sénégal, les conditions d’un travail en extérieur ne sont pas clémentes.

Aux vues du résultat, il serait aisé de penser que les moyens ont été abondants. En réalité les hommes ont travaillé surtout avec des outils et des savoirs faire locaux disponibles tout en ne lésinant pas sur la volonté de « bien faire ». En effet, ils savaient que pour un moment, l’Empire était entre leurs mains. Il n’est pas anodin de savoir que les hommes qui ont accompli cette lourde tâche sont des Baye Fall (pour situer cette remarque nous recommandons de voir le document en annexe : présentation du Sénégal).

La structure originelle de l’Empire à été conservée en grande partie, deux blocs ont été ajoutés : des sanitaires et un espace pour les ateliers.
Les travaux de réhabilitation ont eu un coût total d’environ 100 000 € (soit plus de 65 millions de F CFA). Entièrement financé par l’ASAO sur fonds propre.

Description des lieux 

De l’extérieur : deux colonnes entourent une grande porte en fer. Au-dessus de la porte, l’inscription «Empire» a été conservée et le logo de l’Empire des enfants y a été apposé.

L’Empire en tant que cinéma en plein air pouvait accueillir environ 300 spectateurs. Sa surface totale est d’environ 1000 m2.
Lorsque l’on entre, c’est un effet de profondeur que l’on perçoit avec la vaste cour, le mur de projection et la scène du fond.

Moyens humains

La volonté d’accueillir des enfants en difficulté a été prise au regard d’un constat vécu sur Dakar : Hormis le COSAED, peu de structures travaillent sur cette problématique. Après avoir visité certaines associations et infrastructures, la nécessité de l’existence de l’Empire s’est révélée. L’Empire des enfants sert aussi de lieu de rencontre, de collaboration, de coordination à différentes associations. En ce sens, l’Empire met à disposition de différentes associations une salle de réunion. Le COSAED, ENDA Jeunesse Action, ADEME (Amicale pour le Développement de la Médina), ASSED (Association enfants en difficulté) profitent des lieux et s’organisent pour cette occupation à l’aide d’un planning.

L’Empire des enfants est un centre d’accueil, d’activité et de formation pour l’enfance en difficulté.

La rénovation terminée, l’Empire des enfants a ouvert ses portes le 17 mars 2003.

Pour pouvoir accueillir des enfants en difficulté, il ne suffit pas d’un espace mais également d’hommes et de femmes, sans lesquels le projet de l’Empire des enfants ne pourrait se concrétiser.

 

Created by asao
Last modified 2005-12-05 08:38 AM
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